
Je suis désolé, et à la fois non.
Tu es le patient zéro, l’œuvre crépusculaire
née du souffle des dieux anciens foulant l’eau et la terre non habitée.
Le propre même de marcher sur l’eau —
Jésus t’a volé ton moment, et depuis tu coules
au large des mers d’Érythrée ; soufisme, marabout,
tes chaînes spirituelles embrassent et se posent
sur tes anciens hématomes pour te rendre à jamais esclave.
Et pourtant, où que tu sois, toi aussi tu n’aimes pas,
tu rejettes et tues, et pourtant tu n’apprends pas.
Tu n’aimes ni ta femme, ni ta fille,
sectionnant de ton tranchant rouillé et sanguinolent
la continuité de notre origine,
ni ton fils, woubi,
que tu vendrais pour moins que ça.
Tu nous fais violence et parfois honte,
indéfendable et impénétrable, imperméable.
Patient zéro de tant de souffrances,
se relevant avec si peu de dignité,
je n’ai que de la colère contre toi.
Ne pouvant te prendre pour référence ou miroir de moi,
patient zéro reste ma couleur pour l’éternité.